Nous marquons aujourd’hui le premier anniversaire de nos engagements numériques européens. À travers l’Europe, une dynamique s’est enclenchée pour tirer pleinement parti de l’intelligence artificielle : accroître la productivité, renforcer la cybersécurité et la compétitivité, et moderniser les services publics. Parallèlement, les dirigeants se focalisent sur la souveraineté et la résilience numérique : il s’agit de conserver la maîtrise de leurs données et de leurs opérations critiques dans un contexte de volatilité géopolitique croissante. À mes yeux, ces priorités sont indissociables. Au cours de l’année écoulée, nous avons accompli des progrès significatifs sur les cinq engagements numériques européens que nous avions annoncés. Il nous paraît utile d’en dresser le bilan et de revenir sur les thèmes clés abordés dans l’article ci-dessous.
À retenir
- La confiance est un moteur d’innovation : dans un monde porté par l’IA, des fondations numériques fiables permettent aux organisations d’adopter de nouvelles technologies avec sérénité.
- La souveraineté est un modèle opérationnel pragmatique : répondre aux exigences européennes en matière de vie privée, de sécurité et de résilience ne suppose pas de s’isoler du cloud.
- Les partenariats rendent la souveraineté concrète : combiner la capacité d’hyperscale avec des contrôles locaux, une gouvernance claire et un écosystème de partenaires robuste permet une transformation résiliente.
Naviguer dans les vagues du changement : pourquoi la confiance est essentielle
Nous traversons une époque de bouleversements technologiques et géopolitiques sans précédent. En vingt-neuf ans chez Microsoft, je n’ai jamais été témoin d’une révolution de cette ampleur. On a parfois l’impression, pour reprendre une formule ancienne attribuée à Vladimir Lénine, qu’« il y a des décennies où il ne se passe rien, puis des semaines où des décennies s’écoulent ». Des avancées récentes comme l’IA générative, la transformation technologique la plus profonde depuis trente ans, coïncident avec une instabilité géopolitique inédite depuis la Guerre froide. Pour les dirigeants d’entreprises et d’institutions publiques en Belgique et au Luxembourg, cette double mutation ouvre d’immenses opportunités en matière d’innovation numérique, mais soulève aussi de nouvelles questions autour de la confiance et du contrôle.
Dans ce monde changeant, la confiance est devenue la pierre angulaire du progrès. Les organisations n’adopteront des nouvelles solutions cloud et IA puissantes que si elles ont la certitude que leurs valeurs, leurs données et leurs opérations sont protégées. Instaurer cette confiance, c’est garantir la souveraineté numérique – la capacité à contrôler et protéger ses données, à se conformer aux réglementations européennes et locales, et à maintenir sa résilience – même en ayant recours à des technologies mondiales. En d’autres termes : pour continuer à innover, nous devons aussi ancrer la confiance.
La souveraineté numérique : socle de la confiance
La souveraineté numérique, c’est la maîtrise de son propre destin numérique. C’est la capacité d’une nation ou d’une organisation à évoluer dans l’espace numérique selon ses propres lois, ses valeurs et ses intérêts stratégiques. Concrètement, elle pose une question centrale : « Qui contrôle, stocke et protège vos données, et qui décide de leur usage ? » Aujourd’hui, atteindre la souveraineté numérique implique d’agir simultanément sur plusieurs dimensions de la confiance : conformité juridique, contrôle des données, cybersécurité, résilience opérationnelle et innovation technologique.
Pour les dirigeants du secteur privé comme du secteur public, ces principes se traduisent par des priorités concrètes :
- La conformité aux réglementations européennes : s’assurer que les données et les services numériques respectent le droit européen en matière de vie privée, de sécurité et de transparence. Cela inclut de nouvelles réglementations telles que le RGPD, la directive NIS2 sur la cybersécurité, la Loi européenne sur l’IA, ainsi que les législations sectorielles. Le non-respect peut entraîner de lourdes sanctions et nuit durablement à la confiance du public.
- Le contrôle des données et la protection de la vie privée : maintenir les données sensibles sur le sol européen et sous juridiction européenne. Les dirigeants doivent savoir avec précision où résident leurs données critiques, qui peut y accéder et comment elles sont utilisées. Cela implique de choisir des solutions cloud assorties de garanties solides : résidence des données certifiée, chiffrement avec clés gérées par le client, et garanties juridiques contre tout accès non autorisé.
- La sécurité et la résilience : protéger les systèmes contre les cybermenaces et assurer la continuité des services. À l’heure où les cyberattaques commanditées par des États et les menaces amplifiées par l’IA se multiplient, les organisations doivent s’appuyer sur des défenses avancées (de la détection des menaces pilotée par l’IA aux architectures de confiance zéro) et disposer de plans de reprise solides en cas d’incident. Il s’agit aussi d’éviter les points de défaillance uniques et la dépendance excessive à un seul fournisseur ou système.
- L’autonomie technique et l’innovation : conserver la liberté de choisir ses technologies et d’en changer. Les risques de dépendance doivent être atténués par l’interopérabilité, les standards ouverts et la portabilité des applications et des données. Simultanément, les entreprises et organisations publiques en Belgique et au Luxembourg doivent pouvoir accéder aux innovations de pointe (IA, analytique cloud, etc.) pour rester compétitives et mieux servir les citoyens. L’équilibre entre souveraineté et innovation est fondamental : un isolement total risque de priver des bénéfices de l’innovation mondiale, tandis qu’une approche pragmatique protège les intérêts essentiels tout en s’appuyant sur des technologies de premier plan.
Mettre en place la souveraineté numérique ne signifie pas renoncer au cloud ou brider l’innovation. Il s’agit de créer les conditions de la confiance, pour que les nouvelles technologies puissent être adoptées avec confiance. Lorsqu’une organisation sait que ses données sont protégées, ses services résilients et ses partenaires numériques responsables, elle peut innover plus vite et plus librement.
La souveraineté numérique s’affirme comme une priorité stratégique pour les entreprises européennes : elle garantit leur autonomie tout en libérant la valeur du cloud et de l’innovation. Abordée avec pragmatisme, elle devient un puissant levier de croissance, de résilience et de compétitivité économique.
En pratique, cela signifie traiter les enjeux de souveraineté comme des risques à gérer et non comme des raisons de freiner le progrès.
Sans compromis : souveraineté et innovation vont de pair
Il y a quelques années encore, certains estimaient que recourir à des services cloud mondiaux impliquait de sacrifier une part de contrôle ou, à l’inverse, que rechercher la souveraineté obligeait à renoncer à la puissance et à l’agilité de l’écosystème IA et cloud. Je ne partage pas cette vision. Aujourd’hui, je constate que souveraineté et innovation peuvent se renforcer mutuellement, à condition d’être abordées correctement. Les fournisseurs de technologies ont répondu aux exigences européennes avec des solutions qui lèvent ce faux dilemme.
L’an dernier, nous avons présenté nos engagements numériques européens, en réponse aux préoccupations des gouvernements et des entreprises de l’UE. Parmi ces engagements, nous nous sommes engagés à étendre l’infrastructure cloud en Europe de 40 % d’ici 2027 (en déployant davantage de centres de données locaux et de zones de disponibilité en ligne), à « maintenir la résilience numérique de l’Europe même en période de volatilité géopolitique », et à défendre les données et la vie privée des Européens par conception. » Concrètement, cela s’est traduit par l’ouverture de nouvelles régions cloud, dont la région de centres de données Microsoft Azure Belgique, lancée l’an dernier, offrant pour la première fois une capacité cloud locale dans le pays, ainsi que par le déploiement de contrôles souverains renforcés pour les clients européens.
Une étape précédente importante était la finalisation de l’EU Data Boundary sur l’ensemble des services cloud de Microsoft. Il s’agit d’un engagement architectural, opérationnel et contractuel : pour les services couverts par l’EUDB, les données des clients européens sont stockées et traitées exclusivement dans les pays de l’Union européenne et de l’AELE (Association Européenne de Libre-Echange), sous le droit européen. En d’autres termes, les clients cloud européens, y compris ceux de Belgique et du Luxembourg, ont la garantie que leurs données restent sur le sol européen, répondant ainsi à une question : « Où résident mes données, et sous quelle législation ? ». Il est important de souligner que l’EU Data Boundary ne referme pas l’Europe sur elle-même ; elle crée au contraire un périmètre juridique et technique clair qui maintient les données sous souveraineté, tout en laissant les organisations tirer pleinement parti des services cloud mondiaux et des outils d’IA avancés au sein de cette zone de confiance.
Nous avons également approfondi le concept de « Microsoft Sovereign Cloud ». Il ne s’agit nullement d’un cloud distinct et cloisonné, mais d’un ensemble de capacités souveraines intégrées aux plateformes cloud grand public. Cette approche repose sur trois piliers : le cloud public souverain – le cloud public Microsoft dans ses 16 régions européennes de centres de données, opéré sous le droit européen et proposant une résidence des données exclusivement en Europe ainsi que des options de chiffrement avancé ; le cloud privé souverain – des solutions comme Azure Local, M365 Local et AI Foundry Local, qui déploient la technologie cloud sur une infrastructure contrôlée par le client, pour les scénarios critiques ou déconnectés ; et enfin un écosystème de partenaires souverains, composé d’entreprises technologiques locales à travers l’Europe. Ce modèle repose sur un principe : « le choix sans compromis ». Chaque client décide du niveau de contrôle adapté à ses données, à ses processus opérationnels et à son support, tout en continuant de bénéficier de la puissance, de la sécurité et de la capacité d’innovation d’un cloud mondial.
Ces fonctionnalités souveraines s’ajoutent aux avantages habituels du cloud. La haute disponibilité et l’agilité d’un cloud hyperscale restent entières, avec des garanties supplémentaires. Les organisations peuvent, par exemple, exécuter des charges de travail dans un cloud public opéré en Europe avec des clés de chiffrement gérées par le client, des approbations customer lockbox pour les accès au support, et bientôt une supervision intégrale des opérations par des personnels basés dans l’UE, grâce à l’introduction du Data Guardian. Il est également possible de combiner les déploiements : utiliser le cloud public pour la majorité des besoins, tout en basculant vers des instances cloud privées, voire entièrement isolées du réseau, pour certaines charges de travail sensibles (par exemple dans les domaines de la défense ou des infrastructures critiques) sans perdre la compatibilité avec leurs services cloud publics.
Mon message aux dirigeants est clair : sécurité et innovation ne s’excluent pas. Les plateformes cloud et IA modernes sont conçues pour répondre aux exigences strictes de l’Europe. Cela se reflète aussi bien dans des technologies concrètes (comme l’informatique confidentielle, qui maintient les données chiffrées même durant leur traitement) que dans des engagements contractuels (Microsoft s’est par exemple engagé à contester juridiquement toute ordonnance gouvernementale – de quelconque pays – qui l’obligerait à suspendre ou à transmettre des données cloud européennes, garantissant ainsi la continuité des opérations pour les clients gouvernementaux de l’UE).
En faisant de ces garanties un standard, les acteurs publics et les entreprises peuvent s’appuyer sur l’innovation portée par l’architecture cloud et adopter les technologies de pointe tout en conservant le contrôle.
Développer l’économie locale par la confiance et la technologie
Qu’est-ce que tout cela signifie concrètement pour la Belgique et le Luxembourg ?
La Belgique accueille désormais une nouvelle région de centres de données Microsoft Azure. Celle-ci ne se contente pas de renforcer la capacité cloud locale et la qualité des services à faible latence : elle constitue un ancrage de souveraineté numérique sur le sol belge. Les données des projets du secteur public ou des entreprises belges hébergées sur Azure peuvent être stockées et traitées dans la région cloud belge.
Au Luxembourg, pays reconnu pour sa tradition forte en matière de protection des données et pour la solidité de son secteur financier, la possibilité de confiner les charges de travail sensibles dans des clouds basés en Europe et d’utiliser un chiffrement géré par le client renforce la confiance dans l’adoption du cloud au sein des services publics et des systèmes bancaires. À terme, la prochaine Azure Local Zone étendra au Luxembourg les capacités de faible latence et de traitement local pour les charges de travail nécessitant proximité, résilience et contrôle opérationnel renforcé.
Dans les deux pays, des organisations s’associent à Microsoft et à d’autres fournisseurs ou initiatives pour développer les compétences de leurs équipes en matière d’IA, en data science et en cybersécurité. Ils s’assurent ainsi que les talents locaux soient prêts à porter l’innovation de façon sécurisée.
Une leçon ressort clairement de ces exemples : la force des partenariats de confiance. Bâtir la confiance numérique est un effort collectif. Gouvernements, industrie locale et entreprises technologiques doivent collaborer pour fixer des normes élevées et développer des capacités locales. L’approche de Microsoft en témoigne : L’écosystème de partenaires souverains implique de travailler avec des fournisseurs cloud et télécoms européens, dont Proximus NXT, pour répondre à des besoins nationaux qui dépassent ce qu’une seule entreprise pourrait accomplir. En France et en Allemagne, par exemple, Microsoft s’est associé à des opérateurs locaux comme Orange, Capgemini et SAP pour déployer des offres de « cloud national » alliant technologie Microsoft, gouvernance locale et continuité des opérations cloud sur le sol européen.
Regarder vers l’avenir
Quand je regarde vers l’avenir, une chose est certaine : le changement va se poursuivre, qu’il prenne la forme de nouvelles avancées numériques ou de nouvelles exigences réglementaires. L’avantage compétitif des entreprises et des institutions publiques en Belgique et au Luxembourg dépendra de leurcapacité à s’adapter et à innover, ce qui repose, in fine, sur la confiance. En intégrant la souveraineté numérique à nos choix technologiques, en la traitant comme une exigence de base plutôt que comme un obstacle, nous donnons à nos organisations les moyens d’adopter le cloud et l’IA selon leurs propres termes.
La voie à suivre suppose de trouver l’équilibre entre résilience et agilité. Il s’agit de s’assurer que lorsque la prochaine vague d’innovation arrive – qu’il s’agisse de l’informatique quantique, d’une IA plus avancée encore, ou de quelque chose que nous n’imaginons pas encore – notre maison numérique soit en ordre. Les conseils d’administration et les dirigeants doivent faire de la souveraineté et de la sécurité une composante à part entière de leur stratégie d’innovation : en évaluant les risques liés aux dépendances cloud, en investissant dans la conformité et la cybersécurité comme facteurs de croissance et non comme simples coûts. Le cadre réglementaire numérique européen en constante évolution, du RGPD au règlement sur l’IA, peut être perçu non comme un ensemble d’obstacles, mais comme une architecture de confiance numérique qui, une fois maîtrisée, ouvre des portes. Les organisations qui s’en empareront seront mieux armées pour déployer des services fondés sur les données, faire évoluer leurs solutions IA et s’étendre sur de nouveaux marches, parce qu’elles disposeront d’une base solide.
Bâtir la confiance dans un monde changeant n’est pas chose aisée, mais c’est tout à fait à notre portée. En Belgique et au Luxembourg, nous disposons de tous les atouts nécessaires : des entreprises et des start-up innovantes, des stratégies numériques publiques ambitieuses, des institutions de recherche de renommée mondiale (d‘imec, moteur de la nanoélectronique en Flandre, à l’expertise en cybersécurité de l’Université du Luxembourg), et des citoyens qui accordent autant d’importance à la vie privée qu’à l’innovation. En mobilisant les nouveaux outils de la souveraineté numérique – régions de centres de données locaux, EU Data Boundary, clouds souverains, partenariats stratégiques – nous pouvons garantir que notre avenir numérique soit à la fois ouvert et sécurisé.
Au final, c’est la confiance qui transforme l’incertitude en opportunité. Quand les personnes ont la conviction que la technologie travaille pour elles et non contre elles, elles l’adopteront. En préservant nos valeurs et nos actifs essentiels dans l’espace numérique, nous nous donnons la liberté d’expérimenter, de transformer les services et de stimuler la compétitivité économique grâce aux technologies les plus récentes. Avec la bonne approche, la souveraineté numérique devient un tremplin pour l’innovation, permettant aux entreprises et aux institutions publiques belges et luxembourgeoises de construire une économie numérique moderne et résiliente, solide dans ses fondations, et confiante face aux défis d’un monde en pleine transformation.
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Afin d’aider les clients à passer concrètement à l’action, nous avons ouvert nos trois premiers European Sovereignty and Resilience Studios à Munich, Bruxelles et Amsterdam. Ces espaces permettent aux gouvernements et aux entreprises de travailler côte à côte avec les ingénieurs, les experts en politiques publiques et les équipes de sécurité de Microsoft, afin d’exploiter pleinement le potentiel du cloud et de l’IA. D’autres studios ouvriront prochainement dans les neuf autres Innovation Hubs de Microsoft en Europe.