Construire l’avenir : l’innovation durable au cœur du développement des centres de données
Par Chris Welsch | 27 Octobre 2025
Dans une école primaire d’Anvers, en Belgique, des enfants issus de l’immigration utilisent des applications d’IA pour suivre le rythme de leurs camarades néerlandophones en classe et apprendre la langue plus rapidement. À Exeter, au Royaume-Uni, les météorologues du Met Office s’appuient sur un superordinateur intégrant des capacités d’IA dans Azure pour établir des prévisions permettant de sauver des vies. En Italie, des chercheurs travaillant pour le gouvernement utilisent la puissance du cloud pour décrypter le code génétique du blé dur, afin de trouver des moyens de le rendre plus résistant au changement climatique.
Au-delà des applications d’IA les plus avancées et du calcul haute performance, une grande partie de notre vie numérique quotidienne, des recherches en ligne et e-mails alimentés par l’IA aux photos et documents sauvegardés, repose sur le cloud. Les centres de données permettent à l’IA et au cloud d’exister. Microsoft n’a cessé d’augmenter sa capacité cloud pour ses clients. Entre 2023 et 2027, cette capacité aura augmenté de 40 % en Europe, et l’entreprise comptera d’ici la fin de l’année 2026 plus de 200 centres de données en activité sur le continent.
Pour répondre de manière responsable à la demande croissante, Microsoft s’est fixé des objectifs ambitieux afin de réduire son impact environnemental et de faire de la durabilité une priorité. L’entreprise vise à devenir négative en carbone, positive en eau et zéro déchet d’ici 2030. Pour y parvenir, Microsoft adopte diverses approches innovantes pour construire ses centres de données, tout en modernisant et repensant les anciens. Voici quelques exemples de cette transformation.
Placer la biodiversité et l’aménagement du paysage au cœur de la conception
À Middenmeer, au nord d’Amsterdam aux Pays-Bas, Microsoft a travaillé main dans la main avec la communauté locale pour mieux intégrer un centre de données existant dans le paysage de la Hollande-Septentrionale. En collaboration étroite avec des architectes paysagistes locaux, l’équipe a planté 150 arbres d’essences locales et aménagé 2 300 mètres carrés d’arbustes, d’herbes et d’autres plantes afin de créer un campus davantage en harmonie avec son environnement.
Six nouveaux centres de données prévus à proximité sont conçus selon les principes du biomimétisme, c’est-à-dire en cherchant à intégrer les bâtiments dans le paysage tout en favorisant la biodiversité locale et en réduisant l’impact environnemental. Florien ten Hove, responsable des affaires communautaires de Microsoft pour les centres de données aux Pays-Bas, explique que l’aménagement paysager et la biodiversité étaient autrefois relégués au second plan. Désormais, ils constituent la pierre angulaire des projets de l’entreprise. Elle ajoute que, pour les habitants, l’aménagement paysager et la pollution lumineuse sont « de loin » les principales préoccupations. « Désormais, nous avons inversé la logique : le paysage est à la base de la conception » précise Florien ten Hove. « C’est une approche totalement différente, entièrement fondée sur le biomimétisme. »
Kaitlin Chuzi, directrice mondiale du biomimétisme pour les centres de données de Microsoft, indique que le programme de biomimétisme aux Pays-Bas va bien au-delà de l’aspect esthétique : « nous nous attendons à ce que les plantes que nous avons choisies reflètent un écosystème sain et résilient, qu’elles soutiennent la biodiversité, améliorent la gestion des eaux pluviales et préviennent l’érosion, tout en incarnant la beauté naturelle de la Hollande-Septentrionale. »
Préserver et régénérer une ressource essentielle : l’eau.
Après plus de trois années de grave sécheresse, l’Espagne est particulièrement sensible à l’importance vitale de l’eau. Dans le cadre de son objectif de devenir positif en eau d’ici 2030, Microsoft construit des centres de données à Saragosse qui utilisent un système en circuit fermé pour le refroidissement, basé sur des technologies avancées de refroidissement par air et par liquide directement au niveau des puces. Le système de refroidissement est mis en eau lors de la construction, puis l’eau recircule en continu entre les serveurs et les blocs réfrigérants pour dissiper la chaleur, sans nécessiter d’ajouter davantage d’eau.
« Nous concevons, construisons et exploitons des centres de données qui s’intègrent dans la réalité de la communauté locale » déclare Ana Liesa Sorinas, responsable des affaires communautaires pour les centres de données Microsoft en Espagne.
Mais comme elle le souligne, ce système de refroidissement en circuit fermé n’est qu’un début. Microsoft collabore avec des organisations locales sur deux projets visant à économiser l’eau.
À Saragosse, sept exploitations agricoles ont lancé en mars 2025 un projet visant à irriguer les cultures plus efficacement et avec moins de gaspillage. Sur une zone de 740 hectares, les agriculteurs déploient des capteurs et utilisent l’intelligence artificielle pour fournir de l’eau au bon endroit et au bon moment, avec pour objectif d’économiser 100 000 mètres cubes d’eau par an d’ici 2027. Ce projet pilote comprend également une formation à la technologie afin de permettre à davantage d’agriculteurs de la région d’utiliser des outils d’IA permettant d’économiser l’eau tout en maintenant les rendements.
Une autre collaboration adresse un problème majeur : la perte jusqu’à 25 % de l’eau potable au fur et à mesure de son acheminement dans le réseau espagnol de 275 000 kilomètres de canalisations. La principale cause : les fuites. Pour y remédier, une sphère intelligente appelée Nautilus circule à l’intérieur des conduites d’eau pour détecter les fuites et permettre des réparations plus rapides, limitant ainsi le gaspillage en eau.
« Nous associons nos efforts de réduction de la consommation à des investissements dans des projets de récupération et de préservation des eaux afin de protéger les bassins versants » explique Eoin Doherty, vice-président des opérations Cloud et Innovation de Microsoft pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. « C’est pour nous une manière concrète de restaurer et de préserver les ressources hydriques là où nous opérons. »
Acier recyclé : donner une seconde vie aux centres de données
En 2022, Microsoft a acquis une ancienne usine de radiateurs, située sur un terrain d’un peu plus de 16 hectares à Newport au Pays de Galles, pour y installer un centre de données. Construite avec une ossature en poutres d’acier, l’ancienne usine posait un défi : le nouveau bâtiment pourrait-il être construit, au moins en partie, en réutilisant ces poutres ?
John O’Sullivan, chef de projet pour la construction du site de Newport, a accepté cette mission avec détermination. Il explique qu’il a parfois vu des projets de développement durable dont les effets n’étaient pas visibles. « Dans le cas du projet de Newport, c’était différent : je pouvais le constater, le mesurer et voir que nous pouvions avoir un véritable impact. »
Aujourd’hui, la structure est partiellement achevée, et 10 % de l’acier qui la soutient provient du bâtiment d’origine, ce qui permet d’éviter d’émettre environ 520 tonnes de dioxyde de carbone. L’entreprise a également trouvé des sources d’acier recyclé, ce qui signifie que le bâtiment utilise au total 74 % d’acier recyclé, évitant d’émettre 4 400 tonnes de carbone.
Au-delà de l’acier, le centre de données accorde également la priorité à l’aménagement paysager et à la biodiversité, explique John O’Sullivan. Des arbres, des arbustes et des herbes sont plantés pour créer des corridors écologiques entre les habitats situés de part et d’autre du terrain. L’un de ces espaces est une réserve naturelle qui avait été laissée à l’abandon et servait parfois de décharge sauvage.
Le conseiller Dimitri Batrouni, président du conseil municipal de Newport, explique que Microsoft a contribué à restaurer la réserve naturelle et s’est montré attentif aux préoccupations de la communauté concernant le bruit, l’aménagement paysager et l’impact environnemental.
Autrefois centre industriel doté d’une aciérie employant environ 10 000 personnes, Newport a réorienté son développement vers l’économie technologique, avec plusieurs centres de données ainsi que des activités liées aux semi-conducteurs et aux microprocesseurs précise Dimitri Batrouni.
« De ces cendres ont émergé les industries du nouveau monde, fondées sur les données et les microprocesseurs » explique-t-il. Il milite pour davantage de programmes de formation, car « il est important de montrer à la population locale que ces emplois sont aussi faits pour eux. »
Boucler la boucle : utiliser, réutiliser et recycler
Dans un monde où les ressources sont précieuses, chaque élément d’un centre de données a le potentiel d’être utilisé, réutilisé et recyclé, ce qui se traduit par une moindre demande de ressources, des plastiques aux minéraux rares. Pour faire avancer cette vision, Microsoft a ouvert son premier Centre Circulaire à Amsterdam en 2020. Aujourd’hui, il en existe huit dans le monde, et plusieurs autres sont en cours de construction. Ces centres servent d’entrepôts pour récupérer et réutiliser les composants des centres de données, permettant à Microsoft de progresser vers son objectif de zéro déchet d’ici 2030. En 2024, l’entreprise a atteint une étape majeure : un taux de réutilisation et de recyclage de 90,9 % des serveurs et composants, dépassant ainsi d’un an son objectif de 90 % fixé pour 2025.
Le dernier centre circulaire est actuellement en construction à Newport, près du nouveau centre de données qui est également en cours de construction. Comme les autres, il permettra de recycler et de réutiliser des serveurs et d’autres équipements, les partageant dans certains cas avec des programmes de formation professionnelle locaux afin de former la prochaine génération de techniciens.
Le centre circulaire de Newport, chargé du recyclage des matériaux provenant de tous les centres de données de Microsoft au Royaume-Uni, devrait traiter environ 226 800 kilos de matériaux par an.
Utiliser le réseau énergétique de manière responsable
L’électricité circule à travers les lignes électriques toujours à la même fréquence. En Europe, il s’agit d’une onde sinusoïdale de 50 hertz. De plus, la production d’électricité doit correspondre à la consommation pour maintenir l’équilibre et la bonne alimentation du réseau électrique. La croissance des sources d’énergie renouvelable a compliqué cet équilibre : puisque le vent ne souffle pas toujours et que le soleil ne brille pas en permanence, les niveaux de production sont moins prévisibles, et il est plus difficile d’équilibrer l’offre et la demande.
C’est là qu’intervient Microsoft. Dans de nouveaux centres de données en construction en Finlande, en Suède et au Danemark, l’entreprise relie un système de batteries de secours sophistiquées (connues sous le nom de GUPS – Grid-Interactive Uninterruptible Power Supply) afin de stabiliser les réseaux électriques locaux. Ces systèmes, déjà utilisés en Irlande depuis plusieurs années, aident à maintenir une fréquence de réseau stable, même lorsque les conditions météorologiques varient et que le flux d’électricité augmente ou diminue. Le matériel a déjà été installé dans deux centres de données au Danemark et en Suède, et sera mis en service l’année prochaine.
Le système de batteries « module le flux en effectuant de très légères corrections en cours de route afin que l’onde sinusoïdale reste stable » explique Olli Huotari, Senior Program Manager et chargé du programme GUPS pour les pays nordiques. Olli Huotari ajoute que ce service s’aligne sur l’objectif de Microsoft de devenir carbone négatif, en facilitant l’intégration des énergies renouvelables dans le réseau.
« Bien sûr, cela a un coût pour nous », ajoute-t-il. « Nous devons remplacer les batteries un peu plus souvent, mais nous considérons que cela est nécessaire pour utiliser le réseau de manière responsable. »
Chauffer des foyers et des entreprises grâce à la récupération de chaleur
Imaginez qu’à chaque fois que vous participez à une visioconférence ou que vous envoyez un e-mail, vous contribuiez à chauffer votre maison et celles de votre quartier. Pour des communautés en Finlande et au Danemark, cela devient une réalité grâce à des programmes de récupération de chaleur qui redirigent la chaleur produite par des centres de données vers des réseaux de chauffage urbains.
En Finlande, Microsoft s’est associé à une entreprise énergétique locale, Fortum, pour un projet qui permettra de fournir de la chaleur à 250 000 clients à Espoo, Kirkkonummi et Kauniainen, selon Shannon Wojcik, Senior Project Manager chez Microsoft et responsable de l’initiative. Les centres de données concernés font partie de l’engagement de Microsoft de se procurer suffisamment d’énergie renouvelable pour couvrir 100 % de sa consommation énergétique. « Les pays nordiques utilisent la chaleur provenant des centres de données comme une ressource vraiment précieuse qu’ils peuvent exploiter pour leur réseau de chauffage » explique Shannon Wojcik. Le système devrait entrer en service en 2027.
Sur le campus d’Espoo, l’air chaud provenant des systèmes de refroidissement sera transformé en eau chaude (30 degrés Celsius). Fortum a construit une centrale de pompes à chaleur près du site de centre de données afin d’augmenter la température avant de l’injecter dans le réseau de chauffage municipal, où elle fournira de l’eau chaude pour chauffer les habitations et les entreprises. Un système similaire est en cours d’installation au Danemark, dans un réseau de chauffage urbain desservant des communautés situées près de Copenhague.
Shannon Wojcik indique que Microsoft envisage davantage de collaborations de ce type et même de partager la chaleur des centres de données avec d’autres entreprises. « Je pense qu’il existe de nombreuses opportunités, pas seulement avec les systèmes de chauffage urbains » explique-t-elle. « Les serres agricoles en sont un exemple : si nous pouvions construire des centres de données à côté de serres, ou inversement, nous n’aurions pas besoin d’augmenter autant la chaleur car elles ont en réalité besoin d’une chaleur plus basse. »